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La peur de l’échec accompagne toute nouvelle aventure. On est alors vulnérable aux voix qui disent « C’est impossible, tu n’y arriveras pas. » Des voix issues de notre entourage ou de nous-même, parées de bonnes intentions : « Je dis ça, c’est pour ton bien ». Elles peuvent contenir des mises en gardes utiles. Alors, faut-il en tenir compte, et comment ?

Peur de l’échec : que révèlent les conseils de l’entourage ?

Au démarrage de nouveaux projets ou relations, j’ai entendu toutes sortes de conseils m’invitant à renoncer pour éviter un échec. Décryptage de quelques exemples.

Créer son entreprise : ce que nous apprennent les peurs des autres

 

Repérer quand l’autre parle de ses propres peurs

Lorsque j’ai quitté un job sécurisant pour passer à mon compte, plusieurs collègues m’ont prédit l’échec. L’un d’eux m’a dit d’un ton grave : « C’est une bonne idée, je voulais le faire moi-même. Mais j’ai réalisé que ça ne peut pas marcher. Je vais t’expliquer pourquoi. » En fait, ses arguments n’étaient pas très concrets, et ne s’appliquaient pas à ma situation. Il exprimait surtout sa propre peur de l’échec.

Ecouter ceux qui nous connaissent 

A l’inverse, une amie ayant créé avec succès son entreprise, m’a averti du risque d’échec si je lançais une activité purement commerciale : « Je te connais bien, dans ce secteur, tu vas manquer de stimulation intellectuelle. » En effet, ce volet de mon affaire a végété et j’ai fini par l’abandonner, pour réussir dans la partie conseil.

 

Apprendre de l’expérience des autres

Alors que je préparais un projet dans le domaine associatif, un dirigeant travaillant dans le même secteur m’a prédit un échec : « Nous avons essayé de développer cette activité, mais ça ne peut pas marcher dans le contexte actuel. »  Il m’a donné des arguments concrets. Même si son pessimisme était désagréable, je l’ai écouté avec attention, et j’ai ensuite cherché des moyens d’éviter les risques qu’il avait mentionnés. 

Apprivoiser l’échec mène à la réussite

Plus étonnant, un collègue m’a encouragé à me lancer, malgré son propre échec : « J’ai quitté mon poste de chercheur pour reprendre une ferme dans les Cévennes. J’ai travaillé comme un fou, je ne m’en suis pas sorti et je ne supporte plus l’odeur des moutons. Mais j’ai appris beaucoup de choses, et surtout j’ai compris que j’aimais la recherche. J’ai retrouvé un poste de chercheur, et je me sens à ma place. » Sa conclusion : « Lance-toi, et même si tu échoues, tu apprendras à te connaître et tu ne passeras pas toute ta vie avec des regrets. » Ici on voit la différence entre un renoncement non assumé (je voulais le faire mais je n’ai pas osé), et un échec apparent, vécu comme une expérience d’où l’on sort en paix avec soi-même — ce qui incite à encourager les autres.

Devenir un artiste : peur de l’échec… et de la réussite

Tenir compte du parcours de l’interlocuteur

Une de mes amies s’est lancée dans la musique avec l’envie de chanter en public. Sa voix et ses mouvements étaient bloqués par le trac, elle a donc décidé de prendre des cours pour améliorer ses prestations scéniques.

Un autre musicien a essayé de l’en dissuader : « On a une présence scénique ou pas. Aucun cours, méthode ou exercice n’y changera rien. » Pourtant, bien des artistes ont enchaîné les bides avant d’apprivoiser leur peur de la scène. Mais quel est le parcours de ce chanteur pessimiste ? Lui-même ne monte plus sur scène depuis des années, il ne travaille qu’en studio…

De mon côté, il m’est arrivé de tenir des propos pessimistes à d’autres personnes, sur des projets sur lesquels j’avais échoué, et qui me restaient « en travers ». Indiquant que finalement, c’est surtout moi qui avait besoin de tirer des leçons de tout ça.

Comme le montrent ces différents exemples les succès, et même les échecs assumés, amènent plutôt à encourager les autres. Les personnes qui nous découragent sont peut-être en train de projeter sur nous le regret des rêves qu’elles n’ont pas réalisé, ou d’échecs qu’elles n’ont pas encore réussi à digérer.

Vérifier si notre projet menace l’autre

Se lancer dans une nouvelle carrière, surtout si elle est artistique, c’est aussi se heurter aux peurs de son entourage, et notamment de son conjoint : « Tu n’es pas satisfaite de notre vie ? Comment allons-nous vivre ? etc. »  suivies de l’inévitable : « C’est trop difficile, tu n’y arriveras pas, tu vas te faire du mal. »

Au travail, proposer une nouvelle idée attire souvent de la résistance : « Laisse tomber, ça ne marchera jamais. »  « C’est trop risqué, on ne peut pas se le permettre, continue plutôt ce que tu sais faire ! » Et parfois, l’idée ainsi rejetée sera reprise par d’autres.

En effet, toute relation, en famille, au travail ou entre amis, repose sur un équilibre. Vouloir changer de rôle, c’est menacer tout le système. L’autre a peur de notre échec éventuel, mais aussi de notre réussite — qui pourrait changer notre relation et son quotidien, voire lui faire de l’ombre en cas de rivalité. Ces peurs multiples sont d’autant plus pernicieuses qu’elles sont souvent inconscientes.

Laisse tomber,
ça ne marchera pas

Faire face à la peur de l’échec des autres… et la nôtre

Avez-vous parfois tenté de décourager une amie qui venait de démarrer une nouvelle relation : « ça ne peut pas marcher entre vous. » La même petite voix s’adresse aussi souvent à nous-même : « laisse tomber, tu vas encore te planter. » Elle parle de notre peur de l’échec, et de nos échecs non digérés. Qu’ils viennent de l’entourage ou de nous-même, comment comprendre ce que disent vraiment ces avertissements ? Petit décryptage issue des principes de la communication selon l’école de Palo Alto.

Première étape : est-on dans la raison ou l’émotion ?

La logique de la communication, telle qu’enseignée par l’Ecole de Palo Alto, nous apprend que dans chaque discours, il y a deux niveaux : le contenu apparent, rationnel, et le niveau émotionnel, qui est aussi celui de la relation entre les interlocuteurs. Quand quelqu’un nous dit « Ton projet, ça ne marchera pas ! », il est important de décrypter la part d’arguments rationnels, qui concernent le contenu du projet, et la part d’émotions, où l’interlocuteur parle de lui-même et de notre relation.

Ces deux niveaux de communication ont leur importance. Pour réfléchir à un projet, il est important d’écouter les arguments rationnels. Quant au contenu émotionnel, il ne vous renseignera pas nécessairement sur la faisabilité de votre projet, mais il est important de le prendre en compte pour préserver la relation à l’autre.

Langage non-verbal

On est dans l’émotion si la personne est agitée, tendue, hausse la voix, se penche vers l’avant pour persuader — ou au contraire si elle semble abattue, découragée. Attention, risque de contagion ou d’escalade.

Gare à l’escalade

Si votre interlocuteur part de ses émotions pour décourager votre initiative, toute tentative d’argumenter va entraîner une escalade : la personne veut à tout prix vous convaincre. Mieux vaut arrêter de vous défendre.

Précision du discours

Une personne qui part d’une position rationnelle peut avancer des arguments concrets, adaptés à votre situation, et qui peuvent être discutés. Sinon, elle défend juste sa vision du monde ou sa situation.

Le sabotage intérieur : rationnel ou émotions masqués

Le même décryptage s’applique au petites voix négatives intérieures. Si vous êtes capable de vous asseoir devant une feuille et d’écrire vos « pour » et « contre » tranquillement, vous êtes dans la raison. Si vous entendez juste des petits mantras en boucle « je n’y arriverai pas », vous êtes dans l’émotion : peur de l’échec ou de la réussite, frustration, honte et tristesse générées par un échec précédent.

Même pas peur !

Deuxième étape : accueillir et comprendre l’émotion

Inutile de se battre contre la peur par la raison. Comme toute émotion, la peur vient de la partie archaïque de notre cerveau, au service de la survie,  elle parle en images, et par le biais du corps. Comme une alarme, tant qu’elle n’est pas prise en compte, elle sonnera plus fort. Si on tente de l’en empêcher, elle fera des dégâts. Accueillie et bien traitée, elle cessera d’être menaçante.

Accueillir les peurs de l’autre

Si une personne proche a peur de votre projet, mieux vaut commencer par le reconnaître : « je vois que ça t’inquiète vraiment ». Si vous sentez une sollicitude sincère, vous pouvez même l’en remercier. Dans un deuxième temps, pour comprendre ce qui se passe, vous pouvez poser des questions. Eviter toujours les questions commençant par « pourquoi » vécues comme une remise en cause. Dites plutôt : « Ok, qu’est-ce qui te fait peur exactement ? »

Apprivoiser ses propres peurs

Pour apprivoiser notre peur de l’échec, rien ne vaut un moment d’introspection centré sur les sensations corporelles. Quand je pense à ce projet, qu’est-ce que je ressens ? Où s’exprime cette émotion ? Dans mon ventre, mes épaules ? Tension ou abattement ? Laisser venir des images, des pensées, sans les repousser ni les suivre, aider a comprendre d’où vient cette peur. A force d’être écoutée, elle s’atténuera. Sinon, il est temps de consulter.

Identifier le schéma derrière l’émotion

Une personne qui est dans une émotion disproportionnée, et insiste que « ça ne peut pas marcher » sans pouvoir argumenter de manière concrète est sans doute dans un (ou plusieurs) de ces schémas :

J’ai peur car j’ai renoncé

Une personne qui a renoncé à un projet peut se sentir menacée par votre enthousiasme.

Pareil pour soi-même : on peut éviter un nouveau projet pour justifier un renoncement précédent. Cela devient alors un schéma automatique, à identifier pour pouvoir en sortir.

 

J’ai peur car j’ai échoué

Une personne qui n’a pas digéré un échec risque de projeter cette souffrance sur les autres.

Idem pour nos propres échecs, qui risquent de rester « en travers » de notre gorge et de notre route. Il est temps de revenir dessus, d’accueillir les émotions cachées, et de tirer des leçons.

 

Je me sens menacé

Cet ami, ce conjoint, ce collègue qui juge votre projet irréaliste, qu’a-t-il à perdre si vous vous lancez ? Il faut tenir compte de ces inquiétudes, prendre le temps, trouver des solutions.

Pareil pour soi : qu’est-ce que je risque si ça marche ? Moins de liberté ? Plus d’exposition publique ? La jalousie de mes amis ?

 

C’est l’heure des choix

Dernière étape : faire un choix en toute conscience

Prendre en compte les arguments rationnels… et l’émotion

Si quelqu’un nous avertit des risques d’un projet, c’est le moment de décider : j’arrête ou je continue ? Si je continue, comment améliorer mon idée grâce aux arguments rationnels soulevés par mon interlocuteur (ou par moi-même) ?

Si les affirmations « tu vas échouer » sont d’ordre émotionnel, la discussion sera difficile. Mieux vaut opérer un repli stratégique en disant par exemple : « Je vais y réfléchir, je te remercie », voire même : « Je suis prêt à prendre le risque, au moins tu m’auras averti. »

Mais comment faire avec un ami, un conjoint, un collègue qui se sent menacé par notre projet et fera tout pour l’empêcher (ou avec la petite voix intérieure qui en faut autant) ? Pour préserver la relation, il faudra écouter, comprendre ce qui se joue, chercher des solutions acceptables pour tout le monde.

Mais si c’est impossible, si la personne reste bloquée sur son refus, il va falloir décider (ou pas) de faire un choix entre votre projet et la relation à l’autre — ce que l’Ecole de Palo Alto appelle une « alternative stratégique » :

Je choisis mon projet…

et j’accepte des conflits.
Choisir de réaliser un projet contre l’avis de ses proches, c’est aller au conflit. A terme, votre entourage pourrait accepter la situation, et la relation s’améliorer… ou se dégrader jusqu’à la rupture.

Etes-vous prêt à une mauvaise ambiance à la maison pour changer de vie ? à quitter votre entreprise si un nouveau poste vous est refusé ?

 

Je choisis la paix…

et je compromets mon projet.
Si votre entourage refuse votre projet, privilégier la relation vous amènera à l’abandonner, le repousser ou le réduire fortement. Parfois, la relation à l’autre importe plus qu’une nouvelle idée.

Etes-vous prêt à renoncer ou rogner vos rêves pour préserver la paix avec votre conjoint, ou ménager vos collègues ? C’est parfois nécessaire.

Je ne veux pas choisir… 

et je risque la frustration.
Parfois, ménager la chèvre et le chou semble moins risqué qu’un choix net. Cela veut dire commencer un peu votre projet, en acceptant quelques conflits, et en faisant marche arrière quand l’orage pointe.

Un entre-deux qui sera inconfortable pour tout le monde, et qui demandera beaucoup d’énergie et de frustration, sans succès garanti.

 

Ce choix s’applique aussi pour les conflits internes : si vous vous sentez menacé par les risques associés à ce projet (moins de stabilité financière, moins de temps pour vous, plus de voyages…) il vous faudra faire un choix. Qui sera toujours bon s’il est conscient et assumé. Il est toujours plus agréable de se dire « J’ai décidé de ne pas me lancer, et j’assume avec de bonnes raisons » que d’écouter sans réfléchir les petites voix qui disent « ça ne marchera pas ». Et si vous vous lancez, au moins vous aurez moins de mauvaises surprises (vous en aurez quand même). Courage pour vos choix, et bonne chance !

Et vous, que faites-vous face à la peur de l’échec, quand on vous dit « ça ne marchera pas ? »
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