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La peur de l’échec accompagne toute nouvelle aventure. On est alors vulnérable aux voix qui disent « C’est impossible, tu n’y arriveras pas« . Des voix de notre entourage comme de nous-mêmes, parées de bonnes intentions : « Je dis ça pour ton bien ». Elles peuvent contenir des mises en gardes utiles. Faut-il en tenir compte et comment ?

Peur de l’échec : que révèlent les conseils de l’entourage ?

 Au démarrage de nouveaux projets ou relations, j’ai entendu toutes sortes de conseils m’invitant à renoncer pour éviter un échec. Décryptage de quelques exemples.

Créer son entreprise : que nous apprennent les peurs des autres


> Leçon n°1 : repérer si l’autre parle de nous, ou de ses propres peurs

Lorsque j’ai quitté un job sécurisant pour passer à mon compte, plusieurs collègues m’ont prédit l’échec. L’un d’eux m’a dit d’un ton grave : « C’est une bonne idée, je voulais le faire moi-même. Mais j’ai réalisé que ça ne peut pas marcher. Je vais t’expliquer pourquoi. » En fait, il avait peu d’arguments, à part des généralités non étayées comme « il n’y a pas de marché ». Il exprimait sa propre peur de l’échec, avec les arguments qu’il s’était donnés — sans se demander s’ils s’appliquaient à ma situation.

A l’inverse, une amie ayant créé avec succès son entreprise, m’a averti du risque d’échec si je lançais une activité purement commerciale : « Je te connais bien, tu as besoin de stimulation intellectuelle, or dans ce secteur tu vas en manquer. » En effet, ce volet de mon affaire a végété et j’ai fini par l’abandonner, pour réussir dans la partie conseil.

> Leçon n° 2 : apprendre des échecs des autre

Plus tard, sur un projet associatif, un dirigeant dans le même domaine m’a prédit un échec : « Nous avons essayé de développer cette activité, mais ça ne pas marcher dans le contexte actuel. »  Il m’a donné des arguments concrets. Même si son pessimisme et son air découragé n’étaient pas agréables, je l’ai écouté avec attention. J’ai conclu que chacun de ces obstacles pouvait être surmonté, et j’en ai tenu compte pour monter mon projet. 

> Leçon n° 3 : apprivoiser l’échec mène à la réussite

Plus étonnant, un collègue m’a encouragé à me lancer, malgré son propre échec : « J’ai quitté mon poste de chercheur pour créer mon entreprise, une fabrique de fromage dans les Cévennes. J’ai travaillé comme un fou, j’ai fait faillite et je ne supporte plus l’odeur du fromage. Mais j’ai beaucoup appris, et j’ai surtout compris que j’étais fait pour la recherche. J’ai retrouvé un poste de chercheur, et je suis heureux, sans regret. » Sa conclusion : « Lance-toi, et même si tu échoues, au moins tu n’auras pas de regret et tu te connaîtras mieux. » Ici on voit la différence entre un renoncement non assumé, et un « échec » bien digéré, vécu comme une expérience d’où l’on sort en paix avec soi-même. Ce qui incite à encourager les autres.

Devenir un artiste : peur de l’échec… et de la réussite


> Leçon n°4 : tenir compte du parcours de l’interlocuteur

Ainsi, une amie qui voulait se lancer dans la chanson s’est inscrite à un cours. Paralysée par le trac, sa voix était bloquée et ses mouvements sans naturel. Un de ses proches, musiciens, l’a avertie : « On a une présence scénique ou pas. Aucun cours, méthode ou exercice n’y changera rien. » Pourtant, bien des artistes ont enchaîné les bides avant d’apprivoiser leur peur de la scène. Mais quel est le parcours de ce chanteur pessimiste ? Lui-même ne monte plus sur scène depuis des années, il travaille uniquement en studio. 

De mon côté, je me suis parfois surprise à tenir à des propos pessimistes à d’autres personnes sur des projets sur lesquels j’avais échoué, et qui me restaient « en travers ». Indiquant que finalement, c’est surtout moi qui avait besoin de tirer des leçons de tout ça.

Ainsi les succès, et même les échecs assumés, mènent plutôt à encourager les autres. Les personnes qui nous découragent sont peut-être en train de projeter sur nous le regret des rêves qu’elles n’ont pas réalisé.

> Leçon n° 5 : comprendre en quoi notre projet menace l’autre

En se lançant dans la musique, mon amie s’est aussi heurtée aux peurs de sa famille, à l’idée qu’elle quitte son job pour cette carrière : « Tu n’es pas satisfaite de notre vie ? Comment allons-nous payer la maison ? Qui va s’occuper de nous ? etc. »  suivies de l’inévitable : « C’est trop difficile, tu n’y arriveras pas, tu vas te faire du mal. »

Au travail, qui n’a pas subi de la résistance après avoir proposé une nouvelle idée ambitieuse ? « Laisse tomber, ça ne marchera jamais. »  « C’est trop risqué, on ne peut pas se le permettre. » « Pourquoi ne continues pas ce que tu sais faire? » Et parfois, l’idée sera reprise par d’autres. 

En effet, toute relation suppose un équilibre, où chacun a un rôle : vouloir en changer, c’est menacer tout le système. L’autre a peur de notre échec éventuel, mais aussi de notre réussite — qui pourrait changer notre relation, bouleverser son quotidien, voire lui faire de l’ombre en cas de rivalité même masquée. Ces peurs multiples sont d’autant plus pernicieuses qu’elles sont souvent inconscientes. 

Laisse tomber,
ça ne marchera pas

Faire face à la peur de l’échec des autres… et la nôtre

Avez-vous parfois tenté de décourager une amie qui venait de démarrer une nouvelle relation : « ça ne peut pas marcher entre vous. » La même petite voix s’adresse aussi souvent à nous-même : « laisse tomber, tu vas encore te planter. » Elle parle de notre peur de l’échec, et de nos échecs non digérés. Qu’ils viennent de l’entourage ou de nous-même, comment comprendre ce que disent vraiment ces avertissements ? Petit décryptage issue des principes de la communication selon l’école de Palo Alto.

Première étape : est-on dans la raison ou l’émotion ?

Pour commencer, identifions la part d’émotions et de raisonnement derrière le fameux : « ça ne marchera pas ! » Les arguments rationnels concernent le contenu de la conversation, donc votre projet. Les émotions de l’interlocuteur parlent de lui-même et de sa relation à vous, elles ne concernent pas votre projet en soi. En gros, il faut écouter les arguments rationnels pour votre projet, et prendre en compte les émotions pour préserver votre relation à l’autre.

Langage non-verbal

On est dans l’émotion si la personne est agitée, tendue, hausse la voix, se penche vers vous, ou au contraire semble abattue. Autant de signes de colère, peur, honte ou tristesse. Attention, ces émotions peuvent être contagieuses.

Tendance à l’escalade

Si votre interlocuteur part de ses émotions pour décourager votre initiative, toute tentative d’argumenter va entraîner une escalade : la personne veut à tout prix vous convaincre. Mieux vaut arrêter de vous défendre.

Précision des arguments

Une personne qui part d’une position rationnelle peut avancer des arguments concrets, adaptés à votre situation, et qui peuvent être discuter. Sinon, elle défend juste sa vision du monde, qui ne concerne pas votre projet.

Le sabotage intérieur : rationnel ou émotions masqués

Le même décryptage s’applique au petites voix négatives intérieures. Si vous êtes capable de vous asseoir devant une feuille et d’écrire vos « pour » et « contre » tranquillement, vous êtes dans la raison. Si vous entendez juste des petits mantras en boucle « je n’y arriverai pas », et que vous êtes incapable d’aller plus loin : vous êtes dans l’émotion : peur de l’échec ou de la réussite, frustration, honte et tristesse générées par un échec précédent.

Même pas peur !

Deuxième étape : accueillir et comprendre l’émotion

Inutile de se battre contre la peur par la raison. Elle vient de l’inconscient, elle parle en images, en gestes, avec les sens. Comme une alarme, tant qu’elle n’est pas prise en compte, elle sonnera plus fort. Si on tente de l’en empêcher, elle fera des dégâts. Accueillie et bien traitée, elle cessera d’être menaçante.

Accueillir la peur de l’échec chez l’autre

Si une personne proche semble inquiète face à un de vos projets, mieux vaut accueillir commencer par le reconnaître : « je vois que ça t’inquiète vraiment ». Si vous sentez une sollicitude sincère, vous pouvez même l’en remercier — sans hypocrisie ni ironie. Dans un deuxième temps, pour comprendre ce qui se passe, vous pouvez poser des questions. Eviter toujours le « pourquoi » vécu comme une remise en cause. Dites plutôt : « Ok, qu’est-ce qui te fait peur exactement ? »

Apprivoiser ses propres peurs

Même chose pour notre peur de l’échec, avec un moment d’introspection centré sur les sensations corporelles, qui ne mentent jamais. Quand je pense à ce projet, qu’est-ce que je ressens ? Où s’exprime cette émotion ? Dans mon ventre, mes épaules ? Tension ou abattement ? Laisser venir des images, des pensées, sans les repousser ni les suivre. Vous comprendrez mieux la nature de cette peur. A force d’être écoutée, elle s’atténuera. Sinon, il est temps de consulter.

Identifier le schéma derrière l’émotion

Une personne qui est dans une émotion disproportionnée, et insiste que « ça ne peut pas marcher » sans pouvoir argumenter de manière concrète est sans doute dans un (ou plusieurs) de ces schémas :

J’ai renoncé

Une personne qui a renoncé à un projet peut se sentir menacée par votre enthousiasme.
Pareil pour vous-même : on peut éviter un nouveau projet pour justifier un renoncement précédent. Cela devient un schéma automatique à identifier pour pouvoir en sortir.

 

J’ai échoué

Une personne qui n’a pas digéré un échec, parfois sans s’en rendre compte, va projeter cette souffrance. Idem pour vos propres échecs, qui risquent de rester « en travers » de votre gorge et de votre route. Il est temps de revenir dessus, d’accueillir les émotions cachées, et de tirer des leçons.

 

Je me sens menacé

Cet ami, ce conjoint, ce collègue qui juge votre projet irréaliste, qu’a-t-il à perdre si vous vous lancez ? Il faut tenir compte de ces inquiétudes, prendre le temps, trouver des solutions. Pareil pour soi : qu’est-ce que je risque si ça marche ? Moins de liberté ? Plus d’exposition publique ? La jalousie de mes amis ?

 

C’est l’heure des choix

Dernière étape : faire un choix en toute conscience

 

Prendre en compte les arguments rationnels

Si quelqu’un vous avertit des risques d’un projet, avec des arguments concrets rationnels et concrets, sc’est le moment de décider : j’arrête ou je continue ? Si je continue, comment améliorer mon idée grâce aux points soulevés par mon interlocuteur (ou par moi-même) ?

Si vous avez identifié des schémas émotionnels cachés derrière les affirmations « tu vas échouer », la discussion sera difficile. Vous risquez de vous sentir attaqué ou frustré, et de défendre votre idée, au risque de vous fâcher ou de vexer la personne en face. Mieux vaut opérer un repli stratégique : « Je vais y réfléchir, je te remercie. », voire même : »Je suis prêt à prendre le risque, si j’échoue tu m’auras averti. »

Mais comment faire avec un proche — conjoint, collègue, et bien sûr vous-même — qui se sent menacé par votre projet et va tout faire pour l’empêcher ? Pour préserver la relation, il faudra bien écouter, comprendre ce qui se joue, chercher des solutions qui tiennent compte des besoins de tout le monde. Mais si c’est impossible, si la personne reste bloquée sur son refus, il va falloir décider (ou pas) de faire un choix entre votre projet et la relation à l’autre 

Je choisis mon projet…

et j’accepte des conflits. 
Si vous privilégiez votre projet contre l’avis de vos proches, vous allez au conflit. A terme, votre entourage pourrait s’incliner devant votre détermination et la relation s’améliorer… ou se dégrader jusqu’à la rupture. Etes-vous prêt à assumer une mauvaise ambiance à la maison pour changer de vie ? Etes-vous prêt à quitter votre entreprise si votre supérieur refuse votre demande de reconversion ?

 

Je choisis la paix…

et je compromets mon projet.
Si votre entourage refuse votre projet, privilégier la relation vous amènera à l’abandonner, le repousser sans limite de temps, ou le réduire fortement. Parfois, la relation à l’autre importe plus qu’une nouvelle idée. Etes-vous prêt à renoncer ou rogner vos rêves pour préserver la paix avec votre conjoint ? A renoncer ou rogner une idée qui vous est chère pour ménager vos collègues.

Je ne veux pas choisir… 

et je risque la frustration.
Vous pouvez vouloir ménager la chèvre et le chou. C’est légitime, et peut-être moins risqué qu’un choix net. Cela veut dire commencer un peu votre projet, en acceptant quelques conflits, et en faisant marche arrière quand l’orage pointe. Un entre-deux qui risque d’être inconfortable pour tout le monde, et qui demandera beaucoup d’énergie et de frustration, sans succès garanti.

 

Ce choix s’applique aussi pour les conflits internes : si vous vous sentez menacé par les risques associés à ce projet (moins de stabilité financière, moins de temps pour vous, plus de voyages…) il vous faudra faire un choix. Qui sera toujours bon s’il est conscient et assumé. Il est toujours plus agréable de se dire « J’ai décidé de ne pas me lancer, et j’assume avec de bonnes raisons » que d’écouter sans réfléchir les petites voix qui disent « ça ne marchera pas ». Et si vous vous lancez, au moins vous aurez moins de mauvaises surprises (vous en aurez quand même). Courage pour vos choix, et bonne chance !

Et vous, que faites-vous face à la peur de l’échec, quand on vous dit « ça ne marchera pas ? »
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