Dans le premier article de ce dossier sur les disputes de couple, nous avons vu ce qui distingue une dispute, un conflit et une crise. Dans cet article, on entre dans le vif du sujet : les erreurs qui aggravent tout, et comment les éviter.
Éviter les conflits : « mon couple va bien, on ne se dispute jamais »
Un couple sans disputes peut sembler idyllique, mais cette situation est en réalité fragile. Elle expose à deux risques : l'éloignement progressif, et l'implosion à la première vraie crise.
Risque 1 — l'éloignement
Quand vous évitez les sujets qui fâchent, le ressentiment s'accumule en silence. Les échanges deviennent courtois mais superficiels. C'est la guerre froide. Pour évaluer la solidité de votre couple, posez-vous cette question : votre conjoint est-il encore votre confident intime ? Est-ce avec lui ou elle que vous partagez en premier vos doutes, vos peurs, vos fiertés ?
F. travaille dans la même entreprise que sa femme. « Autrefois nous nous disputions beaucoup, maintenant nous vivons en paix. » Mais il n'a pas eu de rapport intime avec elle depuis plusieurs années. Un jour, il apprend par un ami que sa femme songe à reprendre des études. Il tombe des nues : « Elle ne m'en a jamais parlé ! » Ce couple vit dans une harmonie apparente, mais ne partage plus aucune intimité.
Risque 2 — imploser à la première crise
Traverser ensemble des disputes d'intensité modérée permet d'apprendre à gérer ses émotions à deux, à communiquer sur des sujets difficiles, à résoudre les problèmes ensemble. Sans cet entraînement, le couple se retrouve démuni face à une vraie tempête.
M. et son partenaire ont vécu cinq ans d'harmonie totale — sans pratiquement une seule vraie dispute. Cette harmonie a volé en éclat lorsque leur enfant s'est révélé atteint d'une maladie grave. N'ayant jamais appris à gérer ensemble les émotions et les conflits, chaque désaccord a dégénéré. La séparation a suivi.
Apprenez à voir les disputes occasionnelles comme le signe d'un couple vivant. S'exprimer de manière authentique est une force. Et si vous n'en êtes pas capable — cela s'apprend, en coaching ou en thérapie de couple. Vous n'avez même pas besoin de venir à deux : si un membre du couple évolue, toute la dynamique se transforme.
Oublier les émotions : « essaie de comprendre… »
Les émotions sont le moteur de vos disputes de couple. Notre éducation nous a amenés à croire que nous sommes des êtres rationnels. En réalité, plus il y a d'enjeux, plus les émotions sont activées — et la partie rationnelle du cerveau, débranchée.
Dans ces conditions, essayer de parler à la partie rationnelle de l'autre ne sert à rien : si ses émotions sont intenses, il n'est pas en mesure d'entendre vos arguments. Et si vous êtes vous-même envahi par l'émotion, vous risquez de présenter vos arguments sur un ton agressif, ce que l'autre rejettera d'emblée.
Pendant une dispute, restez à l'écoute de ce qui se passe dans votre corps : les tensions, l'oppression, le ton qui monte. Vous pourrez réaliser que certaines paroles que vous vouliez prononcer sont colorées par ces émotions — et qu'il vaudrait mieux les éviter.
Si le langage corporel de l'autre indique des émotions fortes, verbalisez-les : « j'ai l'impression que tout ça t'angoisse », « on dirait que tu es très en colère. » On se sent mieux lorsque notre émotion est entendue. Et parfois, le plus sage est de proposer : « on peut en reparler un peu plus tard ? » — mais attention : n'oubliez pas d'en reparler !
Toujours blâmer l'autre : « il faut que tu changes »
Vous pouvez sortir gagnant en apparence, en ayant démontré que l'autre avait tort. Mais le but n'est pas que l'un ou l'autre gagne la bataille — c'est le couple qui doit sortir gagnant.
Une dispute de couple démarre par une émotion négative provoquée par un comportement de l'autre. Pour l'apaiser, nous voulons que l'autre change. Mais s'il ne perçoit pas son comportement comme problématique, il n'aura aucune envie de changer. Et voici la spirale qui s'emballe : chacun demande à l'autre de changer, personne ne change.
K. a tendance à rester trop tard au travail. N. l'attend à la maison, se sent négligé, et lui reproche ses retards dès qu'elle rentre. On est dans une situation classique de réactance : plus N. lui reproche ses retards, plus elle les accumule. La solution Palo Alto : N. doit faire un 180 degrés — au lieu de demander à K. de rentrer plus tôt, il gère sa soirée de son côté, sort avec des amis, ne prépare plus systématiquement le dîner. Lorsqu'elle rentrera, elle le trouvera de bonne humeur. Elle va avoir envie de rentrer plus tôt. Le système se rééquilibre.
Dans la plupart des cas, il est beaucoup plus utile de vous demander ce que vous pouvez changer dans vos interactions, afin d'éviter les disputes récurrentes et les conflits en escalade. Dans un système, tout est relié : si vous changez quelque chose dans votre comportement, cela entraîne des changements chez l'autre.
Le troisième article de ce dossier sur les disputes de couple vous donne des outils concrets issus de la communication non violente — avec 7 signes pour savoir si vous êtes dans une bonne dispute.
→ Lire l'article 3 : comment mieux se disputer avec la CNV
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