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Encourager un enfant : les compliments efficaces… et ceux qui démotivent

Pour encourager un enfant à progresser, l’aider à prendre confiance, il semble naturel de lui faire des compliments. Pourtant, des études montrent que certains compliments peuvent au contraire démotiver, voire décourager. Alors, comment s’y prendre pour faire des compliments efficaces ?

1. Le compliment descriptif, c'est magique

"C'est bien, c'est beau..." attention aux compliments trop vagues

Très fier, le petit Théo montre son dessin à son père. Attendri, Papa regarde le dessin, mais ne voit qu’un gribouillis multicolore. Ne sachant pas quoi dire, il lance un jovial : « Bravo Théo, c’est très beau », et passe à autre chose. Théo est perplexe, un peu déçu. Papa n’a pas trop regardé mon dessin, il le trouve peut-être nul ? Il aurait aimé un peu plus d’attention.  

Pour s'en sortir : décrire au lieu d'évaluer

Faire un « vrai compliment » nécessite un peu de temps, pour donner de l’attention à l’enfant. Mais même ainsi, comment donner un avis pertinent sur les créations d’un enfant de 3 ans, ou même d’un ado ?

Le plus simple est de commencer à décrire ce que vous voyez, de manière factuelle : « Je vois des spirales bleues et jaunes, des flèches rouges qui vont vers le ciel… » Si vous risquez une interprétation, faites-le avec prudence : « Ce rond dans le ciel, j’essaye de deviner, c’est une soucoupe volante ? » Ainsi vous éviterez de vexer Théo, qui avait dessiné une tortue. Un dialogue va s’engager.

En quelques minutes, l’enfant sent que son dessin est digne d’attention, il a donc de la valeur. Et vous pouvez maintenant faire des compliments précis : « Tu as mis plein de couleurs, j’adore ! » « Une tortue volante, c’est génial ! » Et comme l’enfant, encouragé, va refaire plein de dessins, vous pourrez pratiquer l’art du compliment descriptif, qui deviendra plus naturel, et l’appliquer à tous les domaines – y compris chez les adultes, qui eux aussi préfèrent un compliment attentionné.

 

Le petit plus : le compliment inattendu

Donner de l’attention permet aussi de valoriser toutes les qualités de l’enfant, même les moins visibles. Un enfant doué en sport entend toujours les mêmes louanges sur ses qualités physiques, son courage, ses performances… Autant de compliments qui l’enferment dans une case, et perdent de leur valeur à force d’être entendus. Alors, quand Léa ramène une nouvelle fois de super notes en maths et en français, elle sera contente qu’on remarque aussi ses réussites en sport ou en musique.

 

2. Valoriser un succès concret

"Tu es gentil, intelligent..." : les compliments qui bloquent

La pédagogie positive a longtemps suggéré de booster l’estime de soi de l’enfant en soulignant ses qualités : tu es doué, gentil, créatif, intelligent… La recherche confirme que ces compliments centrés sur la personne améliorent les performances de l’enfant… tant qu’il reste sur des tâches à sa portée.

Comme il est difficile de faire des compliments sans raison, on souligne en général l’intelligence d’un enfant lorsqu’il a réussi un exercice ou obtenu une bonne note. Petit à petit, l’enfant en déduit une règle implicite : « On me trouve intelligent parce que j’ai des bonnes notes. » Ce qui amène un doute : « Que se passera-t-il si j’ai une mauvaise note ? Va-t-on cesser de me trouver intelligent ? » Inconsciemment, l’enfant peut alors éviter toute situation où il pourrait échouer. Surtout s’il sent que l’intelligence est une qualité importante pour son entourage.

C’est ainsi que parfois, on peut bloquer la progression d’un enfant en soulignant trop souvent une de ses qualités.

 

Ce qui marche : ancrer une réussite

Les compliments efficaces sont concrets et précis. Si Théo, à l’âge ado, prend du temps pour aider sa grand-mère malade, inutile d’insister sur sa grandeur d’âme et lui coller une étiquette de « gentil garçon », un peu lourde à porter. Et puis, que se passera-t-il si l’an prochain, il se fait exclure du collège pour avoir volé un téléphone portable ? Est-il désormais gentil ou méchant ?

Pour booster la confiance en soi de l’enfant, les meilleurs compliments sont factuels, et complétés par le partage d’une émotion. Par exemple, vous pouvez dire à cet ado combien ça vous soulage qu’il aille voir sa grand-mère chaque semaine. Ou encore, combien vous avez été émue qu’il ait su trouver le cadeau dont elle avait envie.

On ancre ainsi une réussite. Si on peut « prêter une qualité » à quelqu’un, on peut la lui retirer. Mais on ne peut pas lui ôter ses actes. Quelles que soient ses erreurs par la suite, Théo restera toujours « l’ado qui a aidé sa grand-mère. » Cela l’aidera à réaliser que, comme tout le monde, il est capable d’actes généreux ou égoïstes, et que s’il a été généreux, il peut l’être à nouveau.

 

3. Favoriser une progression

"Extraordinaire, continue..." : les compliments qui angoissent

Dans un épisode de Parents Mode d’Emploi, la jeune Laetitia vient de décrocher un 19 en philo. Ses parents encadrent et affichent la dissertation, qu’ils contemplent avec extase. Laetitia leur annonce que du coup, elle va arrêter le lycée : « Là je vois bien que je suis au top, je ne peux que régresser. Je préfère partir sur une réussite que sur un échec. »

Et oui, trop d’enthousiasme tue l’enthousiasme, en générant une forme de pression, ou « anxiété de performance », qui paralyse l’enfant. Surtout si on y ajoute : « Bon, il faut continuer comme ça » – sorte d’injonction paradoxale : « Fais de manière ordinaire ce qui sort de l’ordinaire ».

 

Efficace : souligner les efforts de l'enfant

Une étude de psychologie a comparé les résultats de deux groupes d’enfants à un test. Le premier groupe avait reçu, pendant l’entraînement, des compliments centrés sur la personne (tu es doué, intelligent, etc.). Le second avait reçu des compliments centrés sur le processus (tu as travaillé dur, tu t’es appliqué). Lors du test, le second groupe d’enfants a mieux réussi les tâches les plus difficiles, en y passant plus de temps, alors que ceux du premier groupe avaient abandonné.

Pour aller plus loin, on peut aider l’enfant à comprendre plus précisément les processus qui l’ont aidé à réussir, comme le ferait un coach. Cela peut nécessiter de parler avec lui, pour identifier comment il a révisé ses leçons, structuré sa dissertation, ou comment il s’y est pris pour trouver le bon cadeau pour sa grand-mère. C’est difficile avec les plus petits, qui ont peu de recul sur eux-mêmes. Dans ce cas, les parents peuvent les y aider en disant par exemple : « Félicitations, tu as fait attention à colorier sans dépasser », ou « Tu n’as pas fini le gâteau, tu as dû drôlement te contrôler ».

Il ne reste plus qu’à vous féliciter d’avoir lu cet article jusqu’au bout. Et s’il vous a plu, le plus beau compliment sera de le partager et le commenter.

 

Sources:

A. Christakis, The Dangers of Distracted Parenting. The Atlantic, July-August 2008.

C.S. Dweck (1999). Self-Theories: Their Role in Motivation, Personality and Development. Philadelphia: Psychology Press.

Faber & E. Mazlish, Parler pour que les enfants écoutent, écouter pour que les enfants parlent. Relations plus, 2002.

Henderlong & M.R. Lepper (2002). The effects of praise on children’s intrinsic motivation: A review and synthesis. Psychological bulletin, 128, 774-95.

 

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ANNE GOUYON
ANNE GOUYON

Coach et thérapeute, je pratique les thérapies brèves systémiques et stratégiques selon l'Ecole de Palo Alto à La Tête Libre, à Paris et Antony. Je vous fais bénéficier de mon expérience de la relation d'aide et de l'accompagnement d'enfants, adultes et familles en difficulté scolaire et relationnelles.

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