Petite fille passant un test d'intelligence
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Les tests de QI: que mesurent-ils vraiment?

Les tests de QI sont de plus en plus utilisés pour évaluer l’intelligence et le fonctionnement d’enfants ou adultes à haut potentiel. Mais quel type d’intelligence mesurent vraiment ces tests ? Sont-ils adaptés à des fonctionnements « atypiques » ?

Evaluer l'intelligence de l'enfant ou de l'adulte

Haut potentiel et précocité : quand l'intelligence pose problème

« Faut-il un test de QI ? »C’est une question qui peut se poser dans la situation d’un enfant, ou d’un adulte, à la fois intelligent et en échec :

  • Parfois ses idées fusent, de manière intuitive, créative, avec une forme d’hypersensibilité. On le trouve brillant, surdoué, parfois agaçant. Il se sent « différent », anormal.
  • A d’autres moments, il bloque sur des problèmes élémentaires, ou donne une réponse incongrue, sans pouvoir l’expliquer. On l’accuse de provocation, de mauvaise volonté, on se demande quel est son problème. Il se sent nul et incompris.
Icone montrant du doigt un élément systémique important
Qui n’a jamais été confronté à cette situation ? Tout à coup, mon enfant m’épate par une idée originale et géniale, digne d’Einstein (en toute objectivité de maman). La minute d’après, il me désespère par sa vision toute aussi personnelle, mais moins géniale, du présent de l’indicatif…

Mesurer l'intelligence par le QI ?

Ces dissonances peuvent concerner tout le monde, et ne justifient pas de consulter un psy, sauf si elles s’accompagnent de souffrances et d’échecs croissants. Ce cerveau plein de ressources ressemble alors à une machine étrange, au mode d’emploi inconnu. On songe alors à en tester le potentiel intellectuel, avec un double objectif :

  • Mesurer son quotient intellectuel pour vérifier s’il est « normal » ou au contraire hors-normes, peut-être surdoué, précoce ou à haut potentiel intellectuel (HPI).
  • Évaluer différentes composantes de son intelligence, pour mieux comprendre son fonctionnement et l’aider.

S’il existe différents tests d’intelligence pour enfants et adultes, celui qui fait référence est l’échelle de Wechsler, déclinée selon l’âge en WAIS, WISC, et WPPSI. Il mesure le QI ou Quotient Intellectuel, et comme il est le plus utilisé, il est idéal pour situer un individu par rapport à sa classe d’âge. Il comprend plusieurs sous-échelles correspondant à différentes composantes de l’intelligence.

Pour autant, ce test ne peut prétendre à mesurer l’intelligence d’un enfant et d’un adulte. En effet le bon sens, et la méthode scientifique, commandent que pour mesurer quelque chose, il faut savoir ce que c’est. Or aucune définition scientifique de l’intelligence ne fait consensus. Toute personne qui prétend le contraire est juste en train de défendre une définition face à d’autres.

Il reste cette boutade de psy : les tests de QI servent à mesurer… le Quotient Intellectuel. Oui, mais c’est quoi, le QI ? Et quelle idée de l’intelligence fournit-il ?

 

 

 

Le QI : comparatif, standardisé, pragmatique

De l'âge mental au quotient intellectuel : comparer à la norme

Les tests d’intelligence sont nés en France au début du 20ème siècle, pour repérer et aider les enfants en retard à l’école, à partir de la notion d’âge mental. Si un enfant peut résoudre les épreuves normalement réussies à 12 ans, son âge mental est de 12 ans. Deux chercheurs américains créent ensuite le quotient intellectuel, en rapportant l’âge mental à l’âge réel. Si un enfant de 10 ans a un âge mental de 12 ans, son QI est de 120, la moyenne étant à 100.

Par la suite, apparaît le besoin de tests d’intelligence adaptés aux adultes, notamment pour sélectionner les recrues de l’armée américaine. Wechsler va alors remplacer la notion d’âge mental par celle de « rang », à partir d’un modèle statistique en courbe de Gauss, ou « courbe en cloche ». Dès lors, le QI n’est plus vraiment un quotient, il désigne la position d’une personne par rapport à une population de référence.

Répartition des QI moyen et hauts potentiels Courbe de Gauss

Par DMCQ - Travail Personnel, CC BY-SA 3.0

Un QI de 100 correspond ainsi à la moyenne ou « norme » statistique. L’écart-type est fixé à 15. Ainsi, environ 70% de la population se situe entre 85 et 115, ce qui correspond à un niveau de QI « normal ». Au-dessus de 115, on se situe dans les 15% de QI les plus élevés. Au-delà de 125 ou 130, selon les définitions, on parle d’enfants ou adultes surdoués, précoces ou HPI (Haut Potentiel Intellectuel),voire THPI (très haut potentiel) au-delà de 145 ou 150.

Le test est standardisé pour que cette répartition statistique soit constante : par construction, il ne peut donc y avoir plus de 2,5% d’enfants HPI par tranche d’âge. Le test est régulièrement réétalonné pour tenir compte de l’évolution de l’intelligence globale, qui a longtemps augmenté avec les progrès de l’éducation et des conditions de vie. Il est conçu pour donner un résultat stable au cours de la vie d’un même individu.

Wechsler créera ainsi, selon les tranches d’âge : la WISC (Wechsler Intelligence scale for Children, de 6 à 16 ans, créée en 1949) ; la WAIS (Wecshler Adult Intelligence Scale, 1955) et la WPPSI (Wechsler Preschool and Primary Intelligence Scale, de 3 à 7 ans, 1967).

 

Les tests de QI sont donc conçus pour classer, comparer des enfants ou adultes entre eux – en soulignant de manière très graphique la façon dont certains sont « dans la norme » ou au contraire « hors-normes », « anormaux » au sens statistique.

 

Connaissances ou intelligence "pure" ?

Les tests de QI de Wechsler reposent sur des modélisations scientifiques de l’intelligence, qui distinguaient au départ deux types d’intelligence :

  • L’intelligence cristallisée : mise en oeuvre de connaissances existantes, issues de l’éducation. Comme elle est liée au langage, elle deviendra le QI verbal.
  • L’intelligence fluide : capacité à résoudre des problèmes nouveaux, sans utiliser de connaissances antérieures. Ce serait une forme d’intelligence « pure » indépendante de l’éducation — notion remise en cause depuis. Elle deviendra le QI de performance dans les premiers tests de Wechsler.

Au fur et à mesure, ce modèle de l’intelligence a été enrichi, de sorte que les tests de QI reposent aujourd’hui sur un modèle à 4 ou 5 dimensions selon qu’il s’agisse de la WISC-IV, ou de la WISC-V, apparue en 2014.

 

Les 5 composantes des tests de QI actuels

L’Indice de Compréhension Verbal(ICV) repose sur la mobilisation de connaissances verbalisables. Il est évalué par des épreuves de vocabulaire, de connaissances générales et de compréhension de situations sociales, comme « Pourquoi faut-il mettre une ceinture de sécurité ? » Les résultants dépendent donc de l’éducation et du milieu socio-culturel.

L’Indice de raisonnement perceptif(IRP) se rapproche de l’intelligence fluide ou « pure ». Il repose sur une évaluation non verbale de compétences, moins dépendantes des connaissances acquises. Dans la WISC-V, il est transformé en deux échelles : l’Indice Visuo-Spatial, qui repose sur des épreuves de reconstitution de cubes et de puzzles, et l’Indice de Raisonnement Fluide, mesuré par la capacité à regrouper des images selon leur catégorie, de plus en plus abstraites, ainsi que des tests de calcul et de « matrices » (trouver la figure complétant une série de dominos, par exemple).

Enfin, d’autres tests permettent de mesurer des fonctions cognitives qui contribuent à la mise en œuvre de l’intelligence :

L’Indice de Mémoire de Travail (IMT), souvent affecté dans les troubles de l’attention Il mesure la capacité à conserver en mémoire et manipuler les informations nécessaires à une tâche, par exemple en récitant à l’endroit, puis à l’envers, une série de chiffres. Il repose au départ sur la mémoire verbale ; la WISC-V le complète par un test visuel.

 L’Indice de vitesse de traitement (IVT). Chronométré, ce test mesure les capacités attentionnelles et la mémoire de travail, ainsi que les capacités d’apprentissage, mais nécessite de bonnes capacités de traitement visuelles, de lecture et d’écriture.

 

 

Conclusion : le test de QI, et après ?

Le QI dans une évaluation globale du fonctionnement psychique

Parce que le QI est un chiffre divisé en sous-chiffres, à l’apparence objective et rappelant le système de notes de l’école, il tend à focaliser l’attention. Or il n’est qu’un élément d’une évaluation globale du fonctionnement d’un enfant ou d’un adulte, adaptée à une demande et en réponse à certaines difficultés.  Il sera donc précédé d’un entretien, accompagné d’autres tests cognitifs, de personnalité ou de fonctionnement affectif, et suivi d’une restitution des résultats. Le plus souvent, il a été recommandé par un autre professionnel (médecin, psychiatre, psychologue scolaire, orthophoniste…) et s’inscrit dans une prise en charge globale.

Le test de QI nécessite ainsi plusieurs séances. Son coût est élevé (autour de 200 euros), d’autant que les psychologues qui le font passer doivent acquérir des batteries de test, protégées par un copyright et qui ne sont pas vendues à l’unité. Il ne peut être administré que par un.e psychologue ou psychiatre.

 

Sur Internet, on trouve des tests de QI « officiels », gratuits ou à bas prix. Ne prenez pas les résultats au sérieux, d’autant que vous saurez rarement quelle est l’échelle utilisée. Certains, comme les tests de la MENSA, utilisent l’échelle de Cattell : or un QI de 125 sur l’échelle de Cattell correspond à environ 115 sur celle de Wechsler.

 

Les psychologues complètent souvent l’échelle de Wechsler par d’autres tests cognitifs comme le K-ABC, la BECS (Batterie d’évaluation cognitive et socio-émotionnelle), ou la NEMI-II (Nouvelle échelle métrique de l’intelligence). Il existe aussi des tests pour des fonctions spécifiques comme l’attention ou la mémoire, sans oublier les tests psychométriques utilisés lors des recrutements. Il existe aussi d’autres modèles de l’intelligence, moins validés scientifiquement mais très populaires, comme l’intelligence émotionnellede Daniel Goleman ou les intelligences multiples de Howard Gardner. Ce sont de bons outils pour apprendre à se connaître.

 

Le QI pour mieux comprendre un fonctionnement hors-norme ?

Les tests de QI sont destinés au départ à dépister des déficiences intellectuelles, globales ou spécifiques. Ils reposant sur une définition pragmatique de l’intelligence, standardisée autour d’une norme, qui peut paraître complète grâce aux différents sous-tests, mais qui est en fait assez réductrice. Ils donnent une idée de la capacité à utiliser différents processus mentaux pour résoudre certains types de problèmes dans certaines conditions.

Ainsi, l’échelle de Wechsler mesure le QI, mais ne donne pas une mesure globale de l’intelligence, que personne ne sait définir, et fait l’impasse sur ses aspects les plus mystérieux comme la créativité, l’intuition ou l’intelligence émotionnelle.

 

Ainsi, le test le plus utilisé pour évaluer le QI des enfants précoces, « hors-normes », se révèle peu adapté à leur type d’intelligence. Le chiffre obtenu pour un enfant haut potentiel sera peu fiable, et ce d’autant plus qu’il est jeune. Le même enfant pourrait avoir un résultat de 120 ou 135 selon le jour de passation.

 

Sur le plan du fonctionnement mental, un test de QI peut fournir des éclairages sur les carences de certaines fonctions comme la mémoire de travail, et adapter ainsi une prise en charge. Il est moins certain qu’il puisse aider à comprendre le fonctionnement d’une personne atypique, puisque justement il ne mesure pas ce qui fait sa spécificité, son originalité. Au mieux pourra-t-il confirmer l’intuition que l’enfant ou l’adulte est « hors-normes », rassurer des parents inquiets sur les capacités et l’éducation de leur enfant, voire répondre à des questions de l’école sur cet enfant qui pose problème.  

Finalement, même s’ils se sentent parfois dépassés, les mieux placés pour aider l’enfant à comprendre son fonctionnement, ce sont peut-être les parents, qui le côtoient au quotidien… et bien sûr l’enfant, puis l’adulte lui-même, s’il arrive à se faire confiance.

 

Finalement, même s’ils se sentent parfois dépassés, les mieux placés pour aider l’enfant à comprendre son fonctionnement, ce sont peut-être les parents, qui le côtoient au quotidien… et bien sûr l’enfant, puis l’adulte lui-même, s’il arrive à se faire confiance.

Sources :

Aubertin. Haut potentiel, surdoué, limites des tests.
http://www.surdoue.fr/lidentification/limites-des-tests/

J.D. Guelfi et F. Rouillon, Manuel de psychiatrie. Elsevier-Masson, 2012.

Vanwalleghem-Maury et J.C. Houillon, Tests, examens psychologiques et orientation de l’enfant et de l’adolescent. Université Paris 8, 2015.

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ANNE GOUYON
ANNE GOUYON

Coach et thérapeute, je pratique les thérapies brèves systémiques et stratégiques selon l'Ecole de Palo Alto à La Tête Libre, à Paris et Antony. Je vous fais bénéficier de mon expérience de la relation d'aide et de l'accompagnement d'enfants, adultes et familles en difficulté scolaire et relationnelles.

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